Si c’est gratuit, vous êtes le produit ?

Il y a un genre de mantra sur le Web depuis quelques années, provenant même de chroniqueurs technos et de sites spécialisés comme quoi si vous trouvez quelque chose de gratuit c’est que vous êtes le produit. Autrement dit, qu’un produit gratuit se paie automatiquement en utilisant vos données personnelles.

Évidemment, ce genre d’affirmation ne date pas d’hier. Il fut un temps, pas si lointain, où un produit de bonne qualité devait être plus cher. Mais ce genre de réponse toute faite vous désavantage injustement et de façon injustifiée puisque vous payez peut-être pour des logiciels et des services alors que vous pourriez trouver des outils gratuits qui ne nécessitent pas de vendre votre âme à Satan !

La clé est plutôt de savoir pourquoi un produit est gratuit ou à peu de frais. Pour cela, il faut considérer la raison qui motive son existence.

Quand êtes-vous véritablement le produit ?

Prenons les produits de Google qui sont pour la majorité gratuits alors que la compagnie fait des milliards annuellement. Dans leur cas, cette affirmation est exacte ! Google utilise toutes les informations que vous lui donnez en utilisant ses produits et les recherches que vous faites pour créer un profil extrêmement détaillé et précis sur vous. Dépendant comment vous utilisez ses produits, Google peut connaitre votre situation personnelle, vos champs d’intérêt, le lieu où vous habitez, vos habitudes en ligne, les produits que vous consommez, etc. La compagnie peut par la suite vendre à des agences publicitaires de la publicité extrêmement ciblée. Bien que Google ne vende pas vos informations directement, il agit comme intermédiaire entre vous et le publicitaire. Facebook fonctionne aussi de la même façon. C’est le prix que vous payez pour utiliser ces produits sans verser un sou.

Microsoft s’est jointe à cette catégorie de fournisseur de service en offrant Windows 10 gratuitement à tous alors qu’avant le système d’exploitation pouvait coûter des centaines de dollars à chaque version. Mais depuis Windows 10, Microsoft est devenue, à l’instar de Google, une compagnie qui se focalise davantage sur son offre de services plutôt que sur les logiciels qu’ils font. En vous offrant Windows 10 gratuitement, Microsoft vous incite à utiliser ses services gratuits comme OneDrive, Outlook et, surtout, Cortana, son assistant personnel intelligent, qui servent aussi à créer un profil avec lequel ils peuvent vendre de la publicité.

Dans ces cas, et d’autres, vous êtes effectivement le produit, car la compagnie vend votre profil à ses clients.

Alors quand est-ce qu’un produit gratuit est vraiment gratuit ?

Il est évidemment très rare qu’un produit gratuit le soit par bonté ou grandeur d’âme, mais ça existe. Il y a parfois des options où la compagnie offrira son produit gratuitement pour les utilisateurs privés et payants pour les entreprises, souvent avec plus d’options. Mais comme développer un logiciel ou un service en ligne prend des centaines d’heures de travail de programmeurs, designers, gestionnaires de systèmes et autres, c’est plus rare.
C’est alors qu’entre en jeu le principe du logiciel libre ou « open source » qui dicte que le code doit être ouvert pour partager la connaissance et pour qu’il puisse être librement corrigé, modifié et amélioré permettant ainsi une évolution grâce à plusieurs contributeurs différents. Comme le code est ouvert, accessible et partageable, il devient impossible de faire payer quelqu’un pour son utilisation puisque quelqu’un pourrait simplement prendre le code et le compiler lui-même.

Le logiciel libre a pourtant ses détracteurs. Certains affirment qu’ils sont de moindre qualité (puisqu’ils sont gratuits), d’autres qu’ils ne sont pas sécuritaires, etc. Pourtant, ça peut vous surprendre, mais vous utilisez un produit gratuit tous les jours de votre vie en ligne sans même le savoir : Linux !

Les sites que vous consultez en ligne sont majoritairement sur des serveurs qui utilisent Linux comme système d’exploitation à la place de Windows ou macOS. Donc presque chaque fois que vous visitez un site Web, vous regardez des fichiers qui se trouvent sur Linux, un système gratuit1, libre et extrêmement sécuritaire.

Donc les logiciels libres sont gratuits et n’utilisent pas nos informations personnelles ?

Oui… et non… En fait, tout dépend du logiciel que vous utilisez. Par exemple, Android et Chrome sont des logiciels libres, mais Google y ajoute ce dont il a besoin pour faire ses profits. Ubuntu, une saveur de Linux, s’est entendu avec Amazon il y a quelques années pour que son moteur de recherche interne lui envoie les recherches faites par l’utilisateur et ainsi lui offrir des produits (qui a depuis été retiré). Donc l’un n’empêche pas l’autre.

Mais en faisant quelques recherches, vous trouverez les logiciels libres les plus populaires et ce que les utilisateurs en pensent.

Mais si je paie, je n’ai pas à me soucier de mes informations personnelles?

Pas nécessairement. Par exemple, Windows 10 se vend encore. Il n’est gratuit que si vous avez profité d’une mise à niveau à partir d’une version antérieure ou si vous achetez un ordinateur neuf. Mais même si vous payez pour Windows 10, Microsoft utilisera les données que vous lui fournissez. Google offre une version payante de ses services, mais recueille quand même les données qui s’y trouvent. Un téléphone intelligent sous Android coûte quelques centaines de dollars, mais vous ne payez que pour l’appareil. Les informations qui s’y trouvent sont quand même utilisées par Google. Enfin, plusieurs logiciels prennent, souvent à votre insu, des informations d’utilisation (habituellement anonymisées) pour le débogage ou l’amélioration de leur produit. Bien qu’ils ne s’en servent pas directement pour faire de l’argent, vos informations sont quand même envoyées à ces compagnies.

Autrement dit, comme dans tout, ce n’est pas noir ou blanc. Il y a une immense zone de divers tons de gris à considérer. Au 21e siècle, payer n’est plus un gage de qualité et ne garantit certainement pas une protection de votre vie privée. Vous pouvez donc vous priver d’outils très intéressant et puissant qui ne nécessitent pas de débourser un rond. Il est donc important de bien se renseigner avant d’utiliser un produit ou un service, que ce soit en ligne ou dans la vie. Sinon, c’est là que nous risquons de devenir le produit!

Pour vous donner un petit coup de main, voici une petite liste de logiciels libres et gratuits que j’utilise régulièrement :

  • WordPress : les sites que je fais pour moi et mes clients utilisent WordPress comme gestionnaire de contenu. C’est non seulement un système puissant, modifiable et personnalisable, il est gratuit ce qui permet à mes clients d’économiser sur le développement de leur gestionnaire de contenu.
  • FileZilla : un logiciel permettant de se connecter à des serveurs en utilisant le protocole FTP ou SFTP.
  • Notepad++ : un éditeur de texte et de code très polyvalent.
  • LibreOffice : une suite bureautique pouvant remplacer Microsoft Office pour le commun des mortels qui n’utilise pas de fonctionnalités avancées.
  • GIMP : Une solution de remplacement à Photoshop qui fonctionne parfaitement bien si vous ne devez pas modifier des fichiers faits en Photoshop.
  • VLC : Un lecteur multimédia pouvant faire jouer pratiquement n’importe quel format de fichier.
  • Audacity : un logiciel pour d’enregistrement de sons multipistes permettant d’enregistrer de la musique, des podcasts ou autres.
  • 7-Zip : Un gestionnaire de fichiers compressés (.zip, .rar) qui peut ouvrir la très grande majorité des types.
  • Mozilla Firefox : Navigateur Web très sécuritaire et favorisant la protection de la vie privée.
  • Mozilla Thunderbird : excellent remplacement d’Outlook pour la gestion des courriels, calendriers et contacts.

1 : Il existe des versions payantes de Linux, mais qui sont plutôt axées vers les entreprises.