La révolte des anecdotes

J’aime regarder la race humaine et tenter de la comprendre. C’est rarement simple mais c’est quand même fascinant.

Une des choses que nous pouvons observer depuis le début de cette pandémie c’est que les gens qui se révoltent, à plus ou moins grande échelle, contre les mesures du gouvernement ne sont pas tous des adeptes des théories du complot. Pourtant, ils en viennent non pas à remettre en question les actions des autorités en place, ce qui est tout à fait sain jusqu’à une certaine mesure, mais certains dépassent la ligne en mettant en doute l’existence de la pandémie elle-même. Pour eux, il suffit qu’une ou deux personnes affirment des choses sur les réseaux sociaux ou même sur les ondes ou dans les pages d’un média de masse, et voilà, leur idée est faite.

Pourtant, s’il y a quelque chose que notre époque démontre c’est bien qu’il est important de se faire une tête en prenant en considération une pluralité de sources d’information et non quelques anecdotes ici et là ni les opinions de quelques spécialistes, surtout avec des informations que nous ne maîtrisons pas.

Comparons la situation actuelle avec le réchauffement climatique. Selon le journal « Le Monde », plus de 97% des scientifiques coyaient que l’humain en était responsable sur les 4 000 articles publiés entre 1991 et 2011. Mais certains, surtout à droite, vont plutôt écouter les 3% qui ne sont pas de cet avis et trouveront des explications pour justifier leur choix. Tout y passe : corruption, mensonge, complot international, etc. 

L’humain n’a jamais été très bon à accepter le changement. Admettre que notre style de vie et notre système économique sont en train de détruire notre planète est peut-être trop difficile?

Nous pouvons constater la même chose avec la Covid-19. Nous avons vu une poignée de docteurs remettre en doute l’efficacité du masque et du 28 jours de reconfinement, un policier affirmer sur Facebook que le gouvernement veut le forcer à entrer chez les gens et qu’il n’y a pas de pandémie, des gens qui affirment que les salles d’urgence sont vides, parfois avec des photos à l’appui, pour prouver que tout ça n’est que mensonge et manipulation.

Pourtant, toutes ces affirmations qui sont en soi anecdotiques ont été expliquées. Même l’histoire du policier a été démentie par la ministre Geneviève Guilbault, ou du moins, nuancée.

Je crois personnellement que notre cerveau n’est pas fait pour comprendre d’emblée des informations qui proviennent de multiples sources. Nous sommes une race de tribu. Ce n’est qu’une théorie de profane mais lorsque quelqu’un nous dit quelque chose, il est difficile pour nous de regarder toute la forêt et non juste l’arbre devant notre nez. Parce qu’avant, cet arbre était tout ce que nous pouvions constater par nous-mêmes. Dans une petite tribu, nous n’avions pas besoin de regarder ce que les autres tribus à travers le monde disaient à propos d’une histoire. Tout ce que nous avions à notre portée étaient les gens autour de nous. Donc, leurs récits étaient moins anecdotiques dans ce contexte puisqu’ils étaient plus représentatifs de l’ensemble de la population de la tribu.

Mais même là, dans une tribu de 15 personnes, si 13 nous racontaient sensiblement la même chose, aurions-nous choisi de croire les 2 qui disent le contraire?

Nous sommes dans une époque étrange où les opinions à l’emporte-pièce basées sur des titres d’articles, des opinions publiées sur Facebook font légion. Comme si elles suffisaient pour se bâtir une idée de la réalité. Non pas parce que les gens sont stupides mais plutôt parce que lorsque nous sommes sur un réseau social, nous avons l’impression d’être à même notre tribu. Il y a une fausse bulle qui se créée et les histoires qui s’y racontent deviennent une partie importante de notre réalité qui est limitée à ce qu’on y voit. Mais dans un contexte où notre tribu compte en réalité plus de 8 milliards de gens, il ne s’agit en fait que d’anecdotes. Mais tout ce que nous voyons, ce sont ces quelques arbres qui cachent pourtant une immense forêt. Parce que c’est tout ce que nos sens sont capables de voir si on essaie pas de regarder plus loin.